Forum de la Coop

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Echangeons nos réflexions et nos ressentis

Le confinement
La liste des listes

Faire la liste de ce qu'il n'y a plus à faire
Faire la liste de ce qu'il faudra refaire
Faire la liste de ce que je voudrai faire à nouveau
Faire la liste de ce que je ne voudrai plus faire

Faire la liste de mes peurs
Faire la liste de mes colères
Faire la liste de mes rages

Faire la liste des joies de vieillir
Faire la liste de mes libertés
Faire la liste de mes plaisirs
Faire la liste de mes espoirs
Faire la liste des envies nouvelles

Faire la liste de mes impuissances
Faire la liste de mes combats
Faire la liste de mes découragements
Faire la liste de mes complexes...non celle là, trop souvent faite
Faire la liste de mes excès

Faire la liste de ce que j'aime
Faire la liste de ce que je n'aime plus
Faire la listes de mes enthousiasmes fulgurants puis retombants
Faire la liste de mes fantasmes...non celle là, trop souvent faite

Faire la liste ce que j'aurai photographié
Faire la liste des travaux que je garderai finalement

Faire la liste de ce qui m'aura manqué
Faire la liste de ce que j'aurai davantage apprécié

Faire la liste de ce qui aura perdu du sens
Faire la liste de ce qui aura pris du sens
Faire la liste de ce qui n'aura pas changé

Faire la liste des premières personnes que je voudrai embrasser
Faire la liste des gens que je ne voudrai plus embrasser mais que je ré-embrasserai
Faire la liste des gens que je voudrai mais ne pourrai pas embrasser

Et si on n'embrassait plus...

Orthographe...futur, conditionnel...futur.

Article qu'on m'a envoyé
Complexe, trop, mais qui intéressera sans doute certain-e-s d'entre vous

Géopolitique du coronavirus – entretien avec Valérie Bugault

Interview de Claire Héber-Suffrin, co-fondatrice et Présidente d’honneur des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs (RERS).

Réflexion sur la reconnaissance des connaissances et des compétences des personnes.

https://openbadges.info/badges/interview-de-claire-heber-suffrin/

Texte de Gauvain Sers, mise en musique par Bernard Charmetant, membre de notre Réseau d'échanges réciproques de savoirs

Bernard : "Vous trouverez ci-joint un enregistrement de ma dernière chanson ... "
https://www.youtube.com/watch?v=GKZgKfRA22s

EN QUARANTAINE

Partout, les chaises sont empilées

Partout, les rideaux sont tirés

Les salles de classe ressemblent toutes

À ce qu'elles seront au mois d'août

Les paquets de pâtes italiennes

Ont déserté tous les rayons

Comme s'il fallait qu'on se souvienne

Que la peur réveille les couillons

Exceptée la bêtise humaine

Nous voilà tous en quarantaine

 

Certains rallument la chaîne hi-fi

Savourent un album en entier

Certaines ressortent le manuscrit

Qu'elles n'ont jamais pu achever

Les confinés relisent Prévert

Les cons finis se serrent la main

On a toujours besoin d'une guerre

Pour démasquer les êtres humains

Comme le cargo du Capitaine

Nous voilà tous en quarantaine

 

Les impatients trinquent à distance

Par vidéo interposée

Les solitaires matent à outrance

N'importe quelle daube télévisée

S'il y a des concerts aux fenêtres

Et des coups d'fil pour nos grands-mères

C'est qu'au bord du gouffre peuvent naître

Les plus beaux élans solidaires

Moi qui viens d'passer la trentaine

Je fais un saut en quarantaine

 

Les marchés s'effondrent un peu plus

Et les costards retroussent les manches

Il fallait au moins ce virus

Pour qu'ils se soucient des blouses blanches

Comme la bataille est immédiate

Et malgré le manque de moyens

C'est le stéthoscope en cravate

Que les docteurs sauvent nos anciens

Il serait temps qu'on s'en souvienne

Fichiers téléversés :
  • b_charmetant.jpg

une lettre de Annie Ernaux lue par Augustin Trapenard

Cergy, le 30 mars 2020

> Monsieur le Président,

> « Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.

> Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

> Annie Ernaux

Les conséquences désastreuses de la mondialisation économique ont éclatées au grand jour... Mais après ?

Une contribution de Bernard Poix-Sester

Fichiers téléversés :

Bruno Latour, anthropologue, sociologue, et bien d'autres choses encore ! Entendu ce matin sur France inter. Je l'avais manqué en septembre dernier aux entretiens de Bibracte, mais j'avais lu des choses de lui, sur son concept d'"atterrissage" : la Terre ne pourra pas nous nourrir tous, il faut redéfinir notre façon de vivre d'elle, avec elle, sur elle, ensemble (je résume !). Ce qu'il dit aussi du "territoire", qu'il définit non pas comme un espace où on vit, mais comme un espace dont on vit, la globalisation étant passé par là...

Ce matin, donc, beaucoup de choses importantes ont été dites. On peut ré-écouter : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-03-avril-2020

Ce que je trouve très intéressant, c'est qu'il propose une mise en pratique ce ces belles et grandes idées. Au travers d'une démarche d'auto-description, partagée si possible en atelier (groupe de construction de savoir ?). Il s'appuie pour cela sur les cahiers de doléances de 1789, qui décrivaient une réalité, pointaient des injustices et proposaient des solutions. Cette approche par l'auto-description coupe court à toute velléité de revendication identitaire ("les français pensent que..." ou "les femmes pensent que...") et s'appuie sur le vécu et la perception par chacun de son territoire (on y revient !).

Voici sa grille de questionnement : (copiée-collée de son article dans AOC, revue numérique que je viens de découvrir) :

Attention : ceci n’est pas un questionnaire, il ne s’agit pas d’un sondage. C’est une aide à l’auto-description*.

Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privés par la crise actuelle et qui vous donnent la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout. Répondez aux questions suivantes :

Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)

Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

(Trouvez ensuite un moyen pour comparer votre description avec celles d’autres participants. La compilation puis la superposition des réponses devraient dessiner peu à peu un paysage composé de lignes de conflits, d’alliances, de controverses et d’oppositions.)

*L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développés depuis par un groupe d’artistes et de chercheurs.

 

 

Quatre expositions en ligne au Musée Nicéphore Niepce à Chalon sur Saône. Bonne visite !

 

https://artsandculture.google.com/partner/mus%C3%A9e-nic%C3%A9phore-ni%C3%A9pce?hl=fr

Citation de dpeyre le 1 avril 2020, 12 h 12 min

Comment préparer l'après ? Comment justement mieux arriver à construire ensemble cet après, dans la solidarité et le respect de tous ? De nombreux petits groupes se posent la question. C'est pourquoi nous nous permettons de relayer cette invitation de l’Institut des Territoires Coopératifs (InsTerCoop) qui peut nous aider dans nos réflexions.
Cycle de webinaires sur la coopération
chaque jeudi, du 2 au 30 avril, de 16h30 à 17h30. Toutes les informations ici sur la lettre d'InstTerCoop : Lettre InsTerCoop

En complément des webinaires sur la coopération https://instercoop.fr/webinaires-la-cooperation-levier-de-developpement/

Le numéro de la revue Terrain ''Pourquoi coopérer'' cité dans la bibliographie du webinaire 1 est librement téléchargeable ici : https://journals.openedition.org/terrain/14594

Le discours du 13 avril 2020 du président de la République laisse-t-il augurer une inflexion de son idéologie politique et économique ?

Par Bernard Poix-Sester

 

 

En laissant entendre que le politique supplante les impératifs économiques, on pourrait le supposer, mais qu’en est-il réellement ?

Peut-être soucieux de conférer à son discours une touche de « gauche », E. Macron reprend l’expression du Secrétaire national du PS : les « premiers de tranchées » pour parler des personnels sanitaires en laissant entendre que leur situation a été, jusqu’ici, sous-estimée. Il propose de redonner vie à l’article de la Constitution stipulant que « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Cela sous-tend que l’on peut revaloriser une catégorie particulière sans violer le principe d’égalité. En réalité, cette citation n’est qu’une partie de l’article 1 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. En choisissant de l’isoler, le président de la République fait un choix de communication subtil mais ambigu. La première partie de l’article 1, éludée, stipule : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », on le notera, elle se termine par un point. Cela veut dire que c’est là la règle et la deuxième partie l’exception. Isoler la seconde partie revient à lui donner une certaine autonomie justifiant les inégalités.

Or qu’est-ce que l’utilité commune ?

Cette question de l’utilité est au centre de la théorie économique néo-libérale, championne toute catégorie des inégalités, inégalités justifiées par justement le principe d’utilité. Par exemple, on peut se référer à l’utilité des plus riches qui investissent et créent activités et emplois et, sous ce prétexte, les exonérer d’impôts en arguant que cela provoquera des « retombées » utiles à tout le monde… Il se trouve que l’utilité marginale pour reprendre le vocable des économistes est, en cette période de crise, particulièrement positive pour certains métiers : ajouter une unité supplémentaire de soins en ce moment est particulièrement « rentable », le mot est lâché ! Comprenez que le bénéfice obtenu est bien supérieur à la dépense… Cette situation n’est pas faite pour durer (on peut l’espérer) : que se passera-t-il après ? Une surcapacité source de pertes ? C’est la conclusion probable d’une gestion exclusivement comptable. Celle-ci n’est certes pas inutile mais confine dans une vue à court terme. Cela revient aussi à ne tenir compte que de l’aspect quantitatif et non des aspects qualitatifs. L’utilité commune relève davantage d’une logique de service public, imposant une vue à longue échéance et plaçant la population avant les impératifs économiques. Les services publics sont des investissements pour l’avenir, mais leur retour ne se mesure pas en euros.

On ne peut qu’encourager le Président à lire la totalité de la Constitution (voir lien ci-dessous), notamment le préambule de la Constitution de 1946, inclus dans celle 1958 et toujours valable qui stipule les droits à une vie décente, à l’emploi…

En attendant la course est rude pour redémarrer l’économie avant les autres et gagner des parts de marché. L’Allemagne est en tête, suivie de près par l’Espagne et l’Italie alors que la situation sanitaire demeure préoccupante. La France prépare son redémarrage, certes avec une aide sociale « exceptionnelle », mais surtout à grand renfort de subventions au secteur privé. Cependant, la médaille a son revers : davantage d’exonération de contributions sociales et fiscales c’est aussi moins de services publics et moins de protection sociale… Qui va payer ? On voit déjà le patronat réclamer l’allongement du temps de travail. Sur quoi va-t-on jouer : la compression des retraites et des salaires ? La hausse des impôts et lesquels ? Les constructeurs automobiles allemands continuent à distribuer des dividendes pour ne pas perdre ses actionnaires, les entreprises françaises n’échapperont pas non plus à cette logique. Le risque est bien grand de voir encore se prolonger le principe de la mutualisation publique des dettes (notamment par les prêts garantis par l’État, c’est à dire nous) et la privatisation des bénéfices !

La date du 11 mai sera l’occasion de faire le point : suppression de la contrainte de garde des enfants en rouvrant les écoles, déconfinement partiel de la population active… Voilà de quoi redémarrer l’économie. Selon le degré de maîtrise de la pandémie et des choix qui seront finalement faits, on pourra juger de la primauté réelle de l’humain sur l’économique et d’une véritable inflexion idéologique !

 

Le texte intégral de la Constitution : https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur